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3 septembre 2016

Salle de réveil

Si c'était un rêve Dont la fin nous réveille La fin froide à la main glacée qui te secoue, secoue les rêves Vous êtes réveillé Je suis dans la pénombre de l'inconscience celle où rien ne souffre ni ma chair recousue ni mon cœur perdu Réveille-toi Je vais te donner une claque si tu te ne réveilles pas Je ne l'ai pas cru la dame à la voix lointaine

Peinard loin du monde je dormais dans la demi frange de la conscience c'était bien Elle l'a fait la dame, elle a donné une claque dans la salle de réveil J'ai ouvert les yeux Dans un lit aux barreaux trop hauts un bébé saigne des oreilles Un enfant hurle Et elle me donne une claque pour que je sorte des rêves Et j'arrive dans une salle trop blanche où les enfants hurlent de douleur

Elle avait dit je te donnerai une glace après l'intervention Elle ne l'a pas dit c'est le père d'un autre enfant qui l'a dit Je voulais qu'elle l'ait dit Je voulais quelque chose de spécial pour être revenu de la salle où il y avait du sang sur le sol  Il y avait du sang sur le carrelage blanc quand ils m'ont poussé sur le chariot et ils voulaient que je leur face confiance J'ai dit dans ma tête c'est pas grave Je ne me suis pas cru Dans la salle de réveil elle a donné une claque la dame en blanc

En rêve la vie se réveille comme le printemps, il n'y a pas de sang sur les ruptures La main glacée, je la tiens loin en songe La main est merci votre candidature est intéressante cependant vos compétences ne sont pas ajustées à nos demandes La main glacée Elle ne va pas acheter de glaces La vie claque Aux prochaines amygdales j'aurai le droit

Plus jamais je ne laisserai la dame donner une claque A la question vous êtes réveillé, j'ai un sourire d'ange pour ne plus jamais voir le bébé qui saigne du sang par les oreilles Elle a demandé vous êtes réveillé J'ai regardé l'horloge pour savoir Je ne voyais pas les aiguilles C'était flou mais j'ai dit tout va bien La dame est parti Elle a dit il ne faut pas vous lever J'étais seule La première fois que je n'ai pas voulu, de toute façon je n'aurais pas eu de glaces au réveil.

25 juin 2016

Silence on tourne

Apnée
La baleine sort la tête
Apnée
Simone trop tard est arrivée

Toutes ces écrivaines
D'enfant
N'ont pas
Un
Peut-être
Toutes ces écrivaines

Des chaines lourdes des temps
Apnée
Des chaines d'avant
Silence
Chaque porte s'ouvre
Espoir
Apnée
Chaque porte se ferme


Tais-toi, ton malheur, ta condition, ton con, ton ventre, ta nourriture malade, tais-toi.
Tais-toi, abscons, mots faiblards, ton ventre arraché, tes dents jaunes, tais-toi
Tais les mots durs, silence, tais les mots rudes, ils ont peur
Tais-toi, la religion, les pères, les hommes savent, tais-toi et fais l'invisible
Tais-toi, rebelle

Apnée
 
Apnée Silence
On tourne ta vie

17 février 2015

Artefact



Port à cath
Artefact
Tu es revenu dans ma vie au détour d’un texte
Je t’ai vu, je t’ai lu, je t’ai reconnu
J’avais oublié jusqu’à ton nom.
14 ans, pensez-vous, c’est assez long.
Des mots de cet autre blessé, tu as jailli de mon côté. 
J’avais eu l’audace de croire que tu y étais enfoui, à tout jamais.
Tu m’as sauté à la mémoire, sangsue négligée.
Je te croyais vaincu, annihilé, disparu.

Port à cath, tu n’as pas de définition dans le dico.
Seul les initiés te connaissent par ton nom : ceux qui t’imposent et te posent; ceux qui te reçoivent et en bavent.
Seuls les initiés lisent ta trace sur ma peau, signe de reconnaissance entre ceux qui savent.
Je t’avais oublié dans les méandres de mon cortex. Toi, tu ne m’as pas oublié.

Putain de port à cath, tu étais enfui. Même ton nom s’était effacé de ma mémoire. Je te croyais aux rebuts des déchets hospitaliers, recyclé, décontaminé. Dans les conversations, où l’on ose parler de « ça », ton empreinte permet de dire la maladie guérie. Je dis mon  deuil, voie rocailleuse qui serpente  du déni à une présence guérie, discrète et paisible. J'écoute la souffrance indicible des autres chauves.
Même ta cicatrice ne me faisait plus souffrir. A peine sentais-je, les jours froids et pluvieux, ton imperceptible gravure.
Ton utilité n’était plus, ton nom n’était plus. Je te nommais chambre avec une membrane.

Putain de port à cath, tu hantes mon écriture tandis qu'elle voudrait se tourner vers l'avenir, qu'elle voudrait se perdre dans les mots savants annonciateur d’une nouvelle tranche de ma vie. Tu inauguras, toi aussi, une nouvelle tranche de  vie, mais je ne t’avais rien demandé. Rien. Rien du tout.

Putain de port à cath, tu es dur
Dur sous ma peau
Dur sous ma sensibilité
Dur encore sous les années de guérison
Dur encore pour d'autres
Putain de port à cath, tu  fais mal au cœur.

Je t’ai porté comme bijoux de soumission à la maladie
Je t’ai porté comme chambre de passage entre la vie et la mort
Je t’ai porté comme espérance de la victoire
Je porte ton empreinte sur ma peau comme symbole de notre victoire sur la vie.
Je porte ton empreinte,  artefact, pour laisser s’écouler les mots de ceux qui te portent encore.