Assis sur une chaise, les pieds appuyés
sur le premier barreau, ses genoux pliés supportent une BD. Des rayons de
soleil se faufilent, à travers les volets de cette pièce frémissante de chaleur.
La lumière crue, en filet de sardine, vibre sur des bulles, des personnages
figés et leurs mots pour l’éternité. Dans cette grande maison, posée sur la
colline urbaine, le papier est sec sous les doigts moites. Le ventilateur joue
son bruit régulier, métronome du temps qui s'égoutte.
Chaque personne, ici, déplace son ventilateur au gré de son train-train.
Que tu vas faire pendant ma sieste, avait demandé la vieille
tante ? Je veux lire des BD.
Assis sur une chaise, le ventilateur
fait vibrer les pages de BD, tandis que la vieille tante se repose. Que fait-elle
exactement ? L’enfant brûle de le savoir. Dans cette pénombre qui garde la
fraicheur, l’enfant garde sa posture, et la chambre de la vieille tante résonne
de silence. Nul n’y a accès. Peut-être que nul, c’est seulement
l’enfant. Nul ne sait ce que vit la vieille tante dans son lit tiède. Peut-être
que nul, c’est l’ignorance de l’enfant. C’est interdit de savoir ce qui se
passe au-delà de la pénombre. C’est interdit de se brûler les pages au soleil.
Assis sur une chaise, l’enfant
sait que les tomettes orangées, résonneraient de ses pas. L'enfant sait que le sol est frais. L’enfant
sait que c’est interdit d’aller dans le grand salon aux lourdes tentures
grenats. Il sait que la poussière ne peut être brassée que par l’air du
ventilateur. Il sait que la curiosité transpire toujours par les pores des
yeux. Le soleil cogne dehors. L’enfant sait que la curiosité mal placée cogne
plus fort encore. L’audace est enfermée au frigo afin qu'elle reste bien glacée.
Assis sur la chaise, l’enfant
rêve de la fraicheur des cabinets. Ils se situent dans une tourelle à qui il avait
bien fallu attribuer un rôle dans cette vieille maison. La chasse d’eau est blanche,
avec une chaine pour libérer la cascade. L’enfant n’avait jamais vu de chaine
dans des cabinets. Les cabinets, c’est son seul espace de liberté où personne ne pénètre.
Bondis de la chaise, les
personnages se sont absentés des bulles. Ils courent libres sous la pinède aux
effluves lourdes. Ils piétinent la terre fendue, et soufflent la brise sur les
pignes de pin ensuquées. Les personnages dévoilent la mer, en ouvrant la terrasse interdite.
Ils disent que le danger c’est pour les vieilles BD bien rangées par auteur, et
par genre, dans la bibliothèque à la petite mesure. Ils disent que si on voit
la mer depuis la vieille terrasse, c’est pour éteindre le feu dans les collines
d’en face.
***
D'après la lecture d'extraits du roman « Un oiseau blanc dans le Blizzard » de Laura Kasischke, romancière à la marque
poétique.