15 février 2017

Voir Dieu

- Maman, comment ils viennent les bébés ?

Le regard de la matriarche  est furieux, mais pour une fois je n'en ai cure. Je veux savoir. Jamais je n'aurais osé demandé cela sans le bouclier d'un archange Michel. Aujourd’hui il a pris les traits d'un marchand d'aspirateur bigleux: œil droit grognard œil gauche. Michel le commercial louchait depuis un bon moment sur la bonne affaire, refiler l’aspirateur du mois, l'avaleur de poussières à long manche. La gamine que je suis, peut lui faire perdre le fruit de ses rêves nocturnes. Alors, il tente des explications pour que je retourne planter des pissenlits dans les plate-bandes familiales. Malheureux archange déchu qui ne sait pas que la mère est une amish mormone et monogame exclusive. Elle le fusille des yeux. Malheureux Michel, tu ne sais pas encore que tu vas me servir de paratonnerre. La mère ne risquait ni de me rabrouer ni me mentir devant le détenteur du tuyau magique. Je dois savoir.

- Maman, comment ils viennent les bébés ?

Je n'ai rien compris, à part qu'il fallait un papa et une maman qui s'aiment. Le type repart, son aspirateur derrière l'oreille. Et je me fais engueuler par la mère. On ne pose pas des questions comme ça devant les marchands de poussières. Elle ne comprend pas que l'homme était ange protecteur venu pour que je sache. Son sermon coule sur mes plumes de soie sauvage.

- Il faut un papa et une maman, mais comment il vient le bébé ?

Je n'ai rien compris. Elle m'a parlé de Dieu qui donnait des bébés aux papas et aux mamans. Je voulus insister encore mais je lu dans les yeux de la mère que la magie de l'aspirateur avait disparu avec le monsieur qui louchait en forme de dollars. Alors, j'ai vu, le ciel qui s'ouvrait au-dessus de la couche parental. Un Dieu barbu, perdu dans un nuage doré, donne à mes parents la permission d'avoir un bébé. Il ressemble trait pour trait au type avec des cornes d'or sur la tête qui remet les tables de la loi à Moïse. Je connais bien l'histoire, je la regarde le soir dans mon lit avant de dormir. A Noël, la mère du père m'a offert une jolie bible illustrée pour les enfants. Vivement que je sois adulte. Et mariée. Pour enfin voir Dieu.



8 février 2017

polypnée

Je suis l'éteigneuse de réverbères
Le mode off
Sourire écartelé
Miroir sans rire comme celui qui pince

Ciel et sol confondu
allongée entre gris
couverture figée

Je suis le code d'écran gelé
lumière sans batterie
glace sans soupirs
Mort de rire comme un prince

Sol et précipice dérouté
dos recourbé
polypnée

29 janvier 2017

Spectacle



Double face, petit scotch collé à l’âme
Face contre les gens, sourire à peu près
Face contre le vent, larmes à glace

Une petite fine et salée
Elle roule du creux de la cerne
Au cœur de la scène

Elle surprend, la petite roulée
Salée au coin de la bouche
Du cœur remontée


11 janvier 2017

P......


Il fallait esquiver dès que possible. Les casseroles de filles en creusant des trous avec la hache. Les confitures de groseilles en touillant du béton. La vaisselle en fendant des buches. Les enfants de fille en tirant sur les branches mortes. Seule la tronçonneuse faisait peur. Il faut apprendre la tronçonneuse. Ce n'est pas inné. Comme l'instinct maternel, c'est inné. Et les nuits blanches aussi et le bébé qui hurle sans fin. Les pleurs de filles, c'est le post-partum. Pas les cris, pas les nuits hachées, pas la solitude. C'est hormonal. Il faut apprendre la tronçonneuse. Devenir homme, ce n'est pas inné, ça s'apprend à coup de pied au cul.

Il y avait le paradoxe. Les filles ça prend des heures dans la salle de bain et les filles avec des poils mort de rire. Il y a un mot pour cela. Il faut l'apprendre, ce n'est pas donné. On raconte partout le frère. Il a demandé à une fille portant une jupe courte si elle avait oublié de mettre son pantalon. Admiration de l'audace, détestation de la vexation. Tout se mélange. Il y a un mot pour le dire. Il s'apprend. 

Il y a des recettes du bonheur. C'est facile. Tu ne couches pas avant le mariage, ça protège ton cœur des méchants hommes cupides de ton cul. C'est inné pour eux la prédation. Toi, tu n'apprends pas la tronçonneuse, tu apprends à protéger ton cul. Et c'est tout. C'est bien suffisant pour t'en sortir dans la vie. Ah si, apprends à parler bien. A sourire en toute circonstance. Pas de grimaces, pas de cris. Même quand tu accouches de la mort.

Applique les recette du bonheur, une à une. Elles sont de droit divin. Le doute est un péché. Et va comme je te pousse. Va dans le gouffre il mène au paradis. Dieu se trouve au fond des casseroles.

24 décembre 2016

Provençal

Miel de lavande à la peau douce
Miel de sapin à la bûche tendre
Bûche rugueuse aux fleuves anguleux
Four tiède à la fleur d'oranger

Les couronnes sont des fruits confits
Sucre gras sous la langue de serpent
Elles pompent l'huile
L'air est saturé de cerises

La lumière caresse les feuilles
Petites boules encore accrochées
La lumière berce les chimères
Petite tarasque encore endormie

Le soleil est seul
Les étoiles sont nombreuses
Elles chantent des cantiques, des beaux
L'argile est muette