Petit blues
Quatre
Petite note
où va-t-elle
Papillon
Où va-t-elle
La vie
Quatre émois
avant les planches
résine
dessine
décide
résiste
Quatre
Petite fille
Trois hommes
Au boulevard
dit le rêve
perdue sur le ventre
Sept pécheurs
sans ligne
Une liste
et la vie
Encorps
21 octobre 2015
19 septembre 2015
Soupirs
Au bout du
fil
Trois mots
Au bout fil
Entre les
précipices de la vie
Au bout du
fil
Trois mots
Et la vie ne
reprend jamais le fil
En arrière
De l’autre
côté de l’imaginaire
Toi
J’ai raisonné
J’ai lutté
J’ai
transpiré
Le message
est au bout fil
Mon corps
tremble
Mon esprit
frémit
Le message
est au pied du mur
2 septembre 2015
Dimanche débord
Seule sur la plage, je me suis éloignée des autres, de tous les autres. Ils se sont arrêtés pour faire des châteaux de sables attaqués par
la marée montante. Je veux communier avec la mer, me bercer de
vent et vivre l'intense au bout des cheveux. Le sable se confond avec la
mer qui se confond avec le ciel. L'immense platitude du monde aux seuls reliefs mouvants des nuages et des vagues. Je voudrais être la nature
dans sa complétude. Venteuse. Horriblement
froide pour juillet. Là-bas les falaises m'attirent, aimants de roches
vertes et brunes.
Je
marche les pieds dans l'eau, vêtue d'un long trench bleu indigo pour
hurler à la mer qu'elle se trompe. Tu devrais être bleue, bleue. Et toi,
le ciel, tu devrais être bleu. Et toi, la falaise tu serais lumineuse
et blanche. Je marche les pieds dans l'eau et j'aime ce moment tantôt
glacé, tantôt tiède.
Les vagues en d'insatiables rouleaux écumeux et marrons
gagnent du terrain. Je m’enivre du bruit, le sol fuit sous mes pieds, le
sable se fait la malle aux creux des vagues, le vent souffle en rafale,
l'eau retourne à la mer.
Tout est mouvement autour de moi. Au cœur des éléments, je suis. Sans prise sur ce mouvement incessant sans cesse renouvelé
toujours le même, je suis le plaisir d'être vivante. L'eau, le
vent, la terre, la tiédeur se mélangent, se dérobent à moi. Je suis
abandonnée aux sensations, à l'espace, aux éléments insaisissables.
A
mes pieds les mouettes jouent des vagues, tout en cherchant leur
nourriture. Dès que l'eau atteint leurs pattes, elle s'envolent ou
reculent comme les enfants sur la plage éventée. Le ciel et la mer sont
mêlés. Les nuages et le soleil se répartissent les cieux. Là-bas les
falaises m'attirent dans leur brouillard d'eau pâle. A leur sommet, un
village lointain est un rêve estompé par les
embruns venus de la mer. La lumière est indécise. Ici la réalité est
féérique, l'imaginaire est ancré dans le
réel, le sensationnel dans l'ordinaire. La liberté est rivée au sable
mouvant.
Éternité
Ce monde
est
Je suis vivante en abondance
28 juillet 2015
Matin
Il est
silence sous les arbres oiseaux troubles fêtes
Il est
silence sur l’herbe fraiche souple fête en souvenir
Il est
silence au loin un autre enfant gazouilleur
Il est des libertés
sans ambages souples sur l’herbe
Ferme les
yeux mon cœur le mariage est fini
Ferme le
téléphone la vie ne se capture pas dans un écran
Ouvre les
narines aux lys d’orage pimenté
Ouvre le
vert franc sous la semelle grise
Une toile
beige soupire d’aise
L’herbe est
verte dans notre près
Respire la
lumière frétillante, jeune feuillure
Inspire la
rosée disparue, matin étonné
Les peaux
brunes Les r qui roulent
Les langues
étrangères Les accents mêlés
Les mains
qui parlent L’inde en anglais
Je veux apprendre
le français avec toi
Hier évaporé
de rires sur l’herbe foulée
Là-bas
l’enfante dort, elle a grandi déjà
Là-bas la
sœur dort, elle a grossi maladie
Là-bas la
mère, je m’en fiche après tout !
La mère fait
sa vie sans moi sans moi sans moi
8 juin 2015
BD
Assis sur une chaise, les pieds appuyés
sur le premier barreau, ses genoux pliés supportent une BD. Des rayons de
soleil se faufilent, à travers les volets de cette pièce frémissante de chaleur.
La lumière crue, en filet de sardine, vibre sur des bulles, des personnages
figés et leurs mots pour l’éternité. Dans cette grande maison, posée sur la
colline urbaine, le papier est sec sous les doigts moites. Le ventilateur joue
son bruit régulier, métronome du temps qui s'égoutte.
Chaque personne, ici, déplace son ventilateur au gré de son train-train.
Que tu vas faire pendant ma sieste, avait demandé la vieille
tante ? Je veux lire des BD.
Assis sur une chaise, le ventilateur
fait vibrer les pages de BD, tandis que la vieille tante se repose. Que fait-elle
exactement ? L’enfant brûle de le savoir. Dans cette pénombre qui garde la
fraicheur, l’enfant garde sa posture, et la chambre de la vieille tante résonne
de silence. Nul n’y a accès. Peut-être que nul, c’est seulement
l’enfant. Nul ne sait ce que vit la vieille tante dans son lit tiède. Peut-être
que nul, c’est l’ignorance de l’enfant. C’est interdit de savoir ce qui se
passe au-delà de la pénombre. C’est interdit de se brûler les pages au soleil.
Assis sur une chaise, l’enfant
sait que les tomettes orangées, résonneraient de ses pas. L'enfant sait que le sol est frais. L’enfant
sait que c’est interdit d’aller dans le grand salon aux lourdes tentures
grenats. Il sait que la poussière ne peut être brassée que par l’air du
ventilateur. Il sait que la curiosité transpire toujours par les pores des
yeux. Le soleil cogne dehors. L’enfant sait que la curiosité mal placée cogne
plus fort encore. L’audace est enfermée au frigo afin qu'elle reste bien glacée.
Assis sur la chaise, l’enfant
rêve de la fraicheur des cabinets. Ils se situent dans une tourelle à qui il avait
bien fallu attribuer un rôle dans cette vieille maison. La chasse d’eau est blanche,
avec une chaine pour libérer la cascade. L’enfant n’avait jamais vu de chaine
dans des cabinets. Les cabinets, c’est son seul espace de liberté où personne ne pénètre.
Bondis de la chaise, les
personnages se sont absentés des bulles. Ils courent libres sous la pinède aux
effluves lourdes. Ils piétinent la terre fendue, et soufflent la brise sur les
pignes de pin ensuquées. Les personnages dévoilent la mer, en ouvrant la terrasse interdite.
Ils disent que le danger c’est pour les vieilles BD bien rangées par auteur, et
par genre, dans la bibliothèque à la petite mesure. Ils disent que si on voit
la mer depuis la vieille terrasse, c’est pour éteindre le feu dans les collines
d’en face.
***
D'après la lecture d'extraits du roman « Un oiseau blanc dans le Blizzard » de Laura Kasischke, romancière à la marque
poétique.
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