21 juillet 2019

ET maison


Au détour des routes, le chemin est au passé. Les bas-cotés sont en jachère. Les plantes ont pris leur liberté le long des chicanes. J’ai dit : c’était ici. J’ai tourné le volant. Une barrière posée de traviole bloque l’entrée de l’impasse qui court vers la prison détruite. J’ai tourné le volant. Des herbes folles mangent le bitume que je reconnais. Là ! Des gilles vertes jaillissent de derrière des bosquets sauvageons. Fermées, colossales, elles brisent le ciel. Je ne les connais pas. Elles enferment des bâtiments tout neufs,  rigides et blancs. Je continue tout droit, lentement. Elle est là. Rien à changer. La pelouse est toujours aussi brûlée. Plantés au milieu une balançoire et des fils à linge défient le vide entretenu. La porte est identique. Il dit : vous deviez bien vous amuser dans les arbustes, tout au fond du jardin. J’entendais ma sœur, la petite, l’étrangère, celle qui ne s’est pas mariée. Elle s'est tue. Je ne voulais plus entendre les cris de ma mère, dans l’entrée, juste avant de partir, tous les matins où je n’étais pas absente. Ils m’avaient envoyée loin. Je voudrais que ces cris ne fussent jamais et que les cartables fussent ailleurs. Il aurait fallu que ma chambre fut un havre de paix. Il y eût mes fantasmes secrets et ma première radio, oreille sur le monde. Elle parlait tout bas pour que la mère ne l’entende pas. Parfois, elle poussait la porte de la chambre. Il ne fallait pas qu’elle entende les mots du monde sinon elle disait que c’était le mal. Alors, je tendais l’oreille entre le monde et le silence, entre la mère et ses entrées, le doigt sur le bouton du radio cassette. Il eût le premier amoureux enfermé dans ma chambre, celle à côté de la porte d’entrée qui n’a pas changée. Le portail est neuf. Le jardin est un désert. Il fallait partir. 

Il faisait nuit quand je suis arrivée la première fois. Je laissais un amoureux secret qui ne le savait pas. La mère n’en savait rien non plus. Elle ne voulait rien savoir. Elle ne veut rien savoir de mes amoureux. Elle s'est moqué du premier sur lequel a coulé l'eau des ponts. Elle a ignoré le second, yeux croisés au détour d'une table de communion. Elle n’aimait pas celui-là avant qu’il ne soit mari. Elle en a dit du mal. Elle a dit du mal pour protéger du mal. Elle ne veut pas savoir l'amoureux de ma sœur, celui qui souffre de son absence soudaine. Tout au bord du canal, j’emmenais le fiancé pour regarder le soir qui se couche puisque nous ne couchions pas. De l’autre côté de la rive a poussé un incinérateur. 

J’ai fait demi-tour devant la maison qui n’a pas bougé d’un pouce. Les mauvaises herbes sont sur les trottoirs. Elles tiennent conseil. Là derrière l’arrêt de bus, au fond des bosquets du bord de route, reculés et sordides, deux jeunes hommes mirent leur nudité sous mes yeux. J’avais essayé de le dire à la mère. Ce fut un non fait. Alors je me suis mise à parler beaucoup, pour ne rien dire, pour déblatérer des banalités, les seules qu’on ne peut réfuter avec la bonne parole. J’ai parlé pour plus jamais rien dire. J’ai tourné le dos au chemin. Puis, face à l’abri de bus désaffecté, j’ai dit : c’était chez moi. J’ai tourné à gauche, le long des herbes folles, jusqu’au rond-point tout neuf.

15 juillet 2019

Bouclée

Tout ce qui n'allait pas le portait du patriarche au-dessus de la cheminée
avait vu

Tout ce qui n'a pas été fait les nœuds ouverts les cordes déposées au sol les cris de la voisine qui restent dans le placard

Tout ce qui soufflait au phare de sable aux herbes maquillées aux lunettes effacées aux aires glacières sur les quais

Toute la pluie de l'hiver arrosait un printemps d'ailleurs un mariage dont la mariée s'est enfuie

La mer recale

11 juillet 2019

Prétendant

Que feras-tu quand tu seras grande ?
Je ne tomberai plus amoureuse
Je ne croirai plus au mariage
Ni au lit en blanc

Que feras-tu quand tu seras mère ?
Je ne tomberai plus enceinte
Je ne croirai plus au bonheur
Des enfants donnés

Que feras-tu quand tu seras seule ?
Je ne tomberai plus amoureuse
Je ne croirai plus au couple
Ni au lave-vaisselle

Que feras-tu quand tu seras vieille ?
Je ne tomberai plus amoureuse
Je croirai aux sorcières
Et aux libertés

22 juin 2019

Galanterie

assourdissant silence
deviner
mots sous geste
mais je veux entendre
mots après mots
les battements de ton cœur

tâtonner dans l'osbcur
clair pour toi
à ton rythme
où suis-je
dans ton cœur
ou un peu à côté
ou au bord
ou en losange

où en es-tu
où es-tu

ouvre-moi la porte
la tienne
en plus
de celle de ta maison
de celle de ta voiture
de celle de ta chambre
tiens moi la porte de ton âme

je m'essuyerai
pieds et mains
passé et présent
avant d'entrer
j'y déposerai
trois coquelicots vifs
un papillon de nuit
deux éphémères
et un litre de doux
promis
je reprendrai mon sac
en sortant

s'il te plaît
j'ai besoin
des mots
des tiens
lents
vrais

Nommer

J'entendais mon prénom
Il n'était pas un oubli
ni mon bébé
Il n'était pas un reproche hurler depuis la cuisine
ni sort de ta chambre
Il n'était pas une convocation dans le bureau de la directrice
ni une note sur un carnet
de papier gâché
Il n'était pas une demande risible sous des éléments de langage
ni un chef con

J'entendais mon prénom
Il était l'amour discret
et une bougie
Il était un baiser large
et un lit
Il était la respiration d'un matin
et le sourire
Il était un jardin d'herbes folles
et une chatte
Il était des œufs au plat
et un signe
de la main