1 avril 2017

Quelle merde ! Psychiatrie



Ils disent de la merde elle sort par les trous de nez ils suent merde elle reste collée à leur mémoire Pavillon 5 Pavillon 7 leur métier c’était être dans la merde jusqu’au cou Celle-ci se roule dans le caca le sien celui des autres elle aime celui des grands-mères elle les poursuit jusque dans leur couche Celui-là dit bonjour en collant une merde dans la main le bizutage pour les nouveaux bonjour rire fou la merde noire la merde verte luisante collante incontinente splaschh dans les yeux comme ça sans prévenir l’eau était froide dans le pavillon Les fous c’est la merde ils rient ils se défendent contre le caca l’odeur pendant des jours dans le nez le plis des aisselles même avec des gants pour nettoyer le caca des fous elle le prend directement dans les toilettes et elle mange sa merde et celle des autres aussi de grands sauts d’eau froide pour rincer le sol la porte ouvert la merde dans la cour dans l’égout enfin le temps n’est pas si loin de toute cette merde maintenant camisole chimique Pour le caca il y en a encore on les appelle ici les pipis il faut transporter les pipis l’ammoniaque acide au réveil quand on ouvre la porte de la chambre la couche pleine on fait semblant de ne pas la voir on la laisse au suivant qui n’est pas dans la merde pas encore le suivant râle ce n’est pas sa merde à lui Le précédant n’a qu’à se démerder tout seul ils parlent moins de caca car ils travaillent encore le nez dedans et les mains près des couches souillées c’est plus propre souillé ou elle avait partout sur elle c’est plus propre les anciens ils rient des merdes passées elles sentent encore La jeune ne comprends pas que c’est vrai qu’ils rigolent mais c’est vrai elle aussi nettoie les sols souillés de la merde des visiteurs et des patients mais ces merdes là c’est dans le sens second elle nettoie les toilettes aussi il y a des virgules sur les murs ou des indélicats sans brosse à merde on laisse sa merde aux autres aux plus pauvres que soi aux fous aux autres qui ne sont pas comme nous nous est pas dans la merde pas comme eux mais c’est pas grave eux ça leur fait rien la merde dans leur couche ou dans leur main ils ne sont pas comme nous ils ne comprennent pas ils ne sont pas éduqués ils peuvent bien faire un boulot de merde ce n’est pas grave. Quelle merde !

15 février 2017

Voir Dieu

- Maman, comment ils viennent les bébés ?

Le regard de la matriarche  est furieux, mais pour une fois je n'en ai cure. Je veux savoir. Jamais je n'aurais osé demandé cela sans le bouclier d'un archange Michel. Aujourd’hui il a pris les traits d'un marchand d'aspirateur bigleux: œil droit grognard œil gauche. Michel le commercial louchait depuis un bon moment sur la bonne affaire, refiler l’aspirateur du mois, l'avaleur de poussières à long manche. La gamine que je suis, peut lui faire perdre le fruit de ses rêves nocturnes. Alors, il tente des explications pour que je retourne planter des pissenlits dans les plate-bandes familiales. Malheureux archange déchu qui ne sait pas que la mère est une amish mormone et monogame exclusive. Elle le fusille des yeux. Malheureux Michel, tu ne sais pas encore que tu vas me servir de paratonnerre. La mère ne risquait ni de me rabrouer ni me mentir devant le détenteur du tuyau magique. Je dois savoir.

- Maman, comment ils viennent les bébés ?

Je n'ai rien compris, à part qu'il fallait un papa et une maman qui s'aiment. Le type repart, son aspirateur derrière l'oreille. Et je me fais engueuler par la mère. On ne pose pas des questions comme ça devant les marchands de poussières. Elle ne comprend pas que l'homme était ange protecteur venu pour que je sache. Son sermon coule sur mes plumes de soie sauvage.

- Il faut un papa et une maman, mais comment il vient le bébé ?

Je n'ai rien compris. Elle m'a parlé de Dieu qui donnait des bébés aux papas et aux mamans. Je voulus insister encore mais je lu dans les yeux de la mère que la magie de l'aspirateur avait disparu avec le monsieur qui louchait en forme de dollars. Alors, j'ai vu, le ciel qui s'ouvrait au-dessus de la couche parental. Un Dieu barbu, perdu dans un nuage doré, donne à mes parents la permission d'avoir un bébé. Il ressemble trait pour trait au type avec des cornes d'or sur la tête qui remet les tables de la loi à Moïse. Je connais bien l'histoire, je la regarde le soir dans mon lit avant de dormir. A Noël, la mère du père m'a offert une jolie bible illustrée pour les enfants. Vivement que je sois adulte. Et mariée. Pour enfin voir Dieu.



8 février 2017

polypnée

Je suis l'éteigneuse de réverbères
Le mode off
Sourire écartelé
Miroir sans rire comme celui qui pince

Ciel et sol confondu
allongée entre gris
couverture figée

Je suis le code d'écran gelé
lumière sans batterie
glace sans soupirs
Mort de rire comme un prince

Sol et précipice dérouté
dos recourbé
polypnée

29 janvier 2017

Spectacle



Double face, petit scotch collé à l’âme
Face contre les gens, sourire à peu près
Face contre le vent, larmes à glace

Une petite fine et salée
Elle roule du creux de la cerne
Au cœur de la scène

Elle surprend, la petite roulée
Salée au coin de la bouche
Du cœur remontée


11 janvier 2017

P......


Il fallait esquiver dès que possible. Les casseroles de filles en creusant des trous avec la hache. Les confitures de groseilles en touillant du béton. La vaisselle en fendant des buches. Les enfants de fille en tirant sur les branches mortes. Seule la tronçonneuse faisait peur. Il faut apprendre la tronçonneuse. Ce n'est pas inné. Comme l'instinct maternel, c'est inné. Et les nuits blanches aussi et le bébé qui hurle sans fin. Les pleurs de filles, c'est le post-partum. Pas les cris, pas les nuits hachées, pas la solitude. C'est hormonal. Il faut apprendre la tronçonneuse. Devenir homme, ce n'est pas inné, ça s'apprend à coup de pied au cul.

Il y avait le paradoxe. Les filles ça prend des heures dans la salle de bain et les filles avec des poils mort de rire. Il y a un mot pour cela. Il faut l'apprendre, ce n'est pas donné. On raconte partout le frère. Il a demandé à une fille portant une jupe courte si elle avait oublié de mettre son pantalon. Admiration de l'audace, détestation de la vexation. Tout se mélange. Il y a un mot pour le dire. Il s'apprend. 

Il y a des recettes du bonheur. C'est facile. Tu ne couches pas avant le mariage, ça protège ton cœur des méchants hommes cupides de ton cul. C'est inné pour eux la prédation. Toi, tu n'apprends pas la tronçonneuse, tu apprends à protéger ton cul. Et c'est tout. C'est bien suffisant pour t'en sortir dans la vie. Ah si, apprends à parler bien. A sourire en toute circonstance. Pas de grimaces, pas de cris. Même quand tu accouches de la mort.

Applique les recette du bonheur, une à une. Elles sont de droit divin. Le doute est un péché. Et va comme je te pousse. Va dans le gouffre il mène au paradis. Dieu se trouve au fond des casseroles.