28 juillet 2015

Matin



Il est silence sous les arbres oiseaux troubles fêtes
Il est silence sur l’herbe fraiche souple fête en souvenir
Il est silence au loin un autre enfant gazouilleur
Il est des libertés sans ambages souples sur l’herbe

Ferme les yeux mon cœur le mariage est fini
Ferme le téléphone la vie ne se capture pas dans un écran
Ouvre les narines aux lys d’orage pimenté
Ouvre le vert franc sous la semelle grise

Une toile beige soupire d’aise
L’herbe est verte dans notre près
Respire la lumière frétillante, jeune feuillure
Inspire la rosée disparue, matin étonné

Les peaux brunes                  Les r qui roulent
Les langues étrangères          Les accents mêlés
Les mains qui parlent            L’inde en anglais
Je veux apprendre le français avec toi
Hier évaporé de rires sur l’herbe foulée

Là-bas l’enfante dort, elle a grandi déjà
Là-bas la sœur dort, elle a grossi maladie
Là-bas la mère, je m’en fiche après tout !
La mère fait sa vie sans moi sans moi sans moi

8 juin 2015

BD


Assis sur une chaise, les pieds appuyés sur le premier barreau, ses genoux pliés supportent une BD. Des rayons de soleil se faufilent, à travers les volets de cette pièce frémissante de chaleur. La lumière crue, en filet de sardine, vibre sur des bulles, des personnages figés et leurs mots pour l’éternité. Dans cette grande maison, posée sur la colline urbaine, le papier est sec sous les doigts moites. Le ventilateur joue son bruit régulier, métronome du temps qui s'égoutte. Chaque personne, ici, déplace son ventilateur au gré de son train-train. Que tu vas faire pendant ma sieste, avait demandé la vieille tante ? Je veux lire des BD.  
 
Assis sur une chaise, le ventilateur fait vibrer les pages de BD, tandis que la vieille tante se repose. Que fait-elle exactement ? L’enfant brûle de le savoir. Dans cette pénombre qui garde la fraicheur, l’enfant garde sa posture, et la chambre de la vieille tante résonne de silence. Nul n’y a accès. Peut-être que nul, c’est seulement l’enfant. Nul ne sait ce que vit la vieille tante dans son lit tiède. Peut-être que nul, c’est l’ignorance de l’enfant. C’est interdit de savoir ce qui se passe au-delà de la pénombre. C’est interdit de se brûler les pages au soleil.

Assis sur une chaise, l’enfant sait que les tomettes orangées, résonneraient de ses pas. L'enfant sait que le sol est frais. L’enfant sait que c’est interdit d’aller dans le grand salon aux lourdes tentures grenats. Il sait que la poussière ne peut être brassée que par l’air du ventilateur. Il sait que la curiosité transpire toujours par les pores des yeux. Le soleil cogne dehors. L’enfant sait que la curiosité mal placée cogne plus fort encore. L’audace est enfermée au frigo afin qu'elle reste bien glacée.

Assis sur la chaise, l’enfant rêve de la fraicheur des cabinets. Ils se situent dans une tourelle à qui il avait bien fallu attribuer un rôle dans cette vieille maison. La chasse d’eau est blanche, avec une chaine pour libérer la cascade. L’enfant n’avait jamais vu de chaine dans des cabinets. Les cabinets, c’est son seul espace de liberté où personne ne pénètre. 

Bondis de la chaise, les personnages se sont absentés des bulles. Ils courent libres sous la pinède aux effluves lourdes. Ils piétinent la terre fendue, et soufflent la brise sur les pignes de pin ensuquées. Les personnages dévoilent la mer, en ouvrant la terrasse interdite. Ils disent que le danger c’est pour les vieilles BD bien rangées par auteur, et par genre, dans la bibliothèque à la petite mesure. Ils disent que si on voit la mer depuis la vieille terrasse, c’est pour éteindre le feu dans les collines d’en face.



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D'après la lecture d'extraits du roman « Un oiseau blanc dans le Blizzard » de Laura Kasischke, romancière à la marque poétique. 



11 mai 2015

Le coup de la panne

C'est mon ordinateur. Il est en panne. Il est en panne car je l'avais donné à nettoyer pour qu'il ne tombe pas en panne. Du coup au nettoyage, l'écran est tombé en panne et je suis resté quinze jours sans ordinateur du tout. Ça veut dire la galère pour le travail, ça veut dire que je ne peux pas écrire, ça veut dire c'est la catastrophe dans ma vie. Quand j'ai compris que mon ordinateur resterait en panne, enfin que l'écran continuerait à être en panne, j'ai acheté un nouvel ordinateur. Le vieux est coincé sur le bureau, et, pour remplacer l'écran en panne, j'ai acheté un écran tout neuf.  Le nouvel ordinateur est bien, il est petit, je peux le transporter partout. Il a marché quinze jours.

Au bout de quinze jours, il ne s'allumait plus. Il fallait que je me rende à l'évidence, il était en panne. Je le porte au SAV. Il faut vingts jours pour le réparer. Vingts jours ? Mais mon ordinateur à quinze jours, il tombe en panne, et il faut vingts jours pour le réparer ? Au-delà de dix jours après l’achat, on considère que c'est une panne, il faut le réparer, et pour le réparer, il faut vingts jours. S'il ne s'allume plus, c'est considéré comme une panne. Votre ordinateur est en panne.

C'est mon nouvel ordinateur et il en panne.  Je ne peux pas écrire sur un cahier, je ne sais plus faire. Je dois avoir la panne du cahier. Le nouveau, ordinateur je l'avais acheté pour ne pas écrire sur un cahier, pour honorer mes rendez-vous. La dernière fois je n'ai pas pu aller au rendez-vous, ma voiture était en panne. Aujourd’hui, je suis là, mais nouvel ordinateur est en panne. J'ai une panne de cœur. Je m'y attache moi à mes ordinateur. Toute vie est de dedans. Aujourd'hui, je suis là, je n'ai pas de nouvel ordinateur, j'ai un cahier et j'ai la panne de l'écriture. A choisir, je préfère le coup de la panne de voiture.

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Thème le ressassement à la manière de Thomas Bernhard dans Extinction.

Un son de cloche

C'est ma compagne. Elle me dit que je suis pervers. Je l'ai cru vous savez, je l'ai cru longtemps. Alors, je suis là pour essayer de comprendre. Vous croyez, vous, que je suis pervers ? Mais je me demande si ce n'est pas elle la pervers. Écoutez, je vais vous donner un exemple, et vous me direz si c'est elle la perverse ou si c'est moi. Pour l'anniversaire de son fils, elle me demande d'acheter un plafonnier. Puis elle me demande d'installer le plafonnier dans la chambre de son fils. C'est facile d'installer un plafonnier. J'aime le bricolage, vous savez. Elle me dit qu'il faudra installer le plafonnier quand son fils sera à l'école, pour lui faire une surprise. J'ai dit oui.

Je suis allé acheter le plafonnier. Elle m'envoie un texto en me disant que ce n'est pas la peine d'acheter un plafonnier, qu'elle peut se débrouiller toute seule et qu'elle ne veut rien me devoir.Vous ne trouvez pas que c'est pervers ? Alors moi, je suis comme un con avec le plafonnier. Et après elle me dit que c'est moi le pervers. Mais je me demande si c'est pas elle qui est perverse. Je me demande sérieusement.

On ne vit pas dans la même maison, c'est pour cela qu'elle voulait que j'installe le plafonnier pour son fils. Elle vit dans son appartement. Enfin l'appartement est à moi, mais je lui loue. Enfin quand je dis que je lui loue c'est symbolique. Comme le plafonnier, c'était symbolique de l'installer pour son fils. Je voulais faire quelque chose pour lui. Pour qu'il m'aime le petit. Ca n'a rien de pervers de se faire aimer du gosse. Pourquoi elle change d'avis comme ça ? C’est pour me déstabiliser, c'est ça ? C'est un comportement de pervers, j'en suis sûr.

Mais c'est fini, je ne lui achète plus de robes, ni de petits cadeaux en plus, ni de chaussures. Sauf pour les fêtes normales : anniversaire, saint Valentin, etc. Rien entre deux. Attention, je suis bien élevé, je paye le resto, quand on est à deux. Pourtant elle fait bien la cuisine. Je paye aussi les hôtels. Ça aussi, elle le fait très bien. Je n'ai pas besoin d'autres femmes. Elle me donne tout ce qu'un homme a besoin. Vous me comprenez n'est-ce pas ?  Pourtant elle est jalouse. Vous ne trouvez pas que c'est pervers la jalousie ?

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Thème : le ressassement à la manière de Thomas Bernhard dans Extinction. 

29 avril 2015

Marguerite

Marguerite
Je t’aime
Un peu sans vous
Trop sans doute
Marguerite
Tu m’ensorcelles
Tu m’encercles
Tu m’emmerdes
Les fleurs
C’est pour les rêveurs
Je vous veux
Marguerite
A cœur
Les fleurs
C’est fait pour faner
Dans leur pot
Sans odeur
Marguerite
Je vous veux
Nue
Sans cœur
Marguerite
Sans toi
La vie est fanée
La vie est fade
Insolente
Tu es posée sur l’étagère
De mes désirs
Tu n’es rien
Pas de cœur
Je te possède
Tu es mon œuvre
Je t’ai plantée
Sarclée
Marguerite
Ingrate
Tu as à moi
Reste
Enfermée
Dans le pot
Dans l’étagère
Je t’aroserai
Marguerite, tu fuis
Mais je t’aime
Par vers
Pervers