14 janvier 2022

Caca mou

 

Le caca mou
C'est trop la honte
De puer
De puer du cul
D'avoir mal au bide
De faire puer les toilettes
De devoir y aller en urgence
De devoir aller aux toilettes au travail
parce que le caca commande
C'est la honte
Elle te colle au cul
La honte ne disparaît pas
La honte fait disparaître un rouleau complet de papier cul
La honte crie tout fort : mais qui utilise autant de papier toilette ?
La honte se cache

La honte disparaît les jours glorieux où tu expulses un caca bien moulé, bien dur, bien conforme
Et ce jour là
tu peux répondre , en toute sincérité, oui ça va
Ça va bien aujourd'hui,
C'est une phrase bien propre
Toi tu veux dire, oui ça va, je n'ai pas de caca mou collé au cul, je n'ai pas les entrailles vrillées, je suis normale, tu comprends ? NORMALE

Personne ne parle du caca mou
C'est dommage
Le caca  c'est la vie
Si tu ne fais pas caca, tu meurs

Et quand tu meurs tu fais caca

C'est gênant
Vous êtes gênés
Que je parle
Que je vous parle
En pleine de gueule
De caca mou, collant au cul
De papiers toilettes en kilomètres

Pourtant parfois
on les essence
les cacas mous
honteux
Des collants et gluants
Des cacas parlant
Avec une langue de bois bien dure
Des cacas hurlants
Ils irritent l'intestin
Une douleur sourde permanente
Jamais au repos


Tu ne sais même pas pourquoi tu les consommes quand même, pourquoi tu écoutes les vidéos de leur merde étalée sur un plateau, pourquoi barbie présentatrice leur donne la parole, pourquoi connard en costume leur passe le bâton de merde, pourquoi tu en manges encore alors que tes boyaux saignent du dedans


Ils se postent à l'intérieur
Tu souffres mais tu en avales encore
T'es un.e camée de caca mou
Tu veux vomir
Tu veux chier
Tu les relayes sur les réseaux sociaux avec en commentaire : ils nous font bien chier ces cacas mous.

Les pires des cacas sont blancs
Ils t'approchent, ta fin est proche
Même assis.e ils te dégueulent dans le bide
Mais tu en manges par convenance
Quand tu es invitée
Tu te sens obligée de plaire aux cacas blancs et mous et collants
Alors qu'ils te tuent
Toi ou une autre

Je veux vomir
alors
Je bois un thé
Un petit thé de fille
Un Darjeling
Je bois un thé
Je n'en ai pas envie
Mais c'est ainsi que je fais
Quand je suis dans une chambre
d'hôtel
Toute vieille
Là où les cacas mous partent mal dans de vieux tuyaux de cuvette sans âge.


Je veux m'allonger
Crever
Mon caca sortira tout seul

Crever

Quelqu'un me dit, t’inquiètes :  le caca mou part dans les tuyaux des eaux usés. Ouais, enfin non. Les cacas mous collent aux dents, ils font sauter les plombs, parfois avec un sourire bienveillant. J'ai mal putain. Même allongée sur le côté, les douleurs des cacas mous ne s'évanouissent pas. Ils ont des prénoms : Éric, Philippe, Christian (super collant), Justin, Emmanuel (dire que c'était mon premier amour), Amar, Jean-Francois, Pierre-Yves.

Je suis pliée en deux. Douleur toxique peu intense mais présente. Elle ne me lâche pas. Elle me dit qu’elle veut mon bien, que c’est pour ça qu’elle n’approuve pas mes choix de vie. Je ne veux plus la voir. Elle ne se casse pas. Elle m'emmerde jusqu'à la gorge en jugeant chaque sinusoïdale de mon intestin. Je la sens passer. Je voudrais ne plus en manger, ne plus boire ses paroles. Mais c'est ma mère. Alors j'y retournes, camée aux emmerdes. Je veux vomir. Je veux chier. Elle me fait un thé à la menthe.

De petites aiguilles défilent dans mes intestins. Je veux que ça s'arrête. Je dis : ça va . Je ne parle à personne des petites aiguilles. Personne ne veut connaître mon caca mou. On me propose un café. Ça va aiguiser les aiguilles. Je sais. Je dis oui quand même parce que tout le monde prend du café, et que tout le monde veut être aimer.

J'ai faim, j'ai honte mais j'ai faim. Je veux manger de l'amour frais. J'ai faim. Je veux de l’amour suintant et sucré. Je veux du sexe bien épais. Je veux du fromage dégoulinant. J’ai faim. Mes placards sont vides. Je commande.  Je mange de l'amour frelaté. Je le veux aussi serré qu'un café tord boyau. Je ferai caca encore plus vite, encore plus mou. Je vais boucher les chiottes. Et ce sera ma honte.

Il ne faut pas se laisser aller. On m’a toujours dit ça. Il faut se sortir les doigts du cul. Ne pas se laisser terrasser par la honte, ni pas une mère toxique, ni par des mecs.  Je cherche une solution. Que faire de ces cacas mous ? Comment évacuer cette montagne de honte molle ?  Là comme ça je ne vois pas.

Je me fais un petit thé. Un thé de fille, un darjeling. 

 

 

Ça me donne envie de pisser.


5 août 2021

Pas besoin

 Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas ce que je ressens, non madame je  ne sais pas ce dont j'ai besoin, ni mon vrai besoin ni rien du tout

me coucher ou jouer

partir et ou pleurer

manger ou me caresser

pisser ou sourire

être au calme ou crier

mordre ou chanter


Je ne sais pas madame, je ne comprends rien à vos triangles de vie, à vos astres amaigrissant, à vos méthodes sûres, à vos remediations positives, à vos pensées sans allergènes.


dans la lumière ou silence

seule ou aérer 

m'étendre ou t'entendre 

mourrir ou soulager

boire ou choisirb

bleue ou ta peau


Non non non je ne peux pas trouver mes besoins, je dois hurler des étoiles, je dois faire une lessive, je dois laver ton doigt, je dois servir de l'eau, je dois ranger les rats et me ronger les ongles. 


6 juin 2021

Fuite

Quand j'ai tout ouvert
tout donné tout
Quand toutes les clefs sont sur la table
Quand il a vérifié qu'il les avait toutes
Même celle de mon sexe
Même celle de mes âmes
L'inconnu s'enfuit

Plus jamais je ne donnerai de clef au portier
Je la confierai aux gueux des chemins
sans retour

Au repas je convierai les autres convives
Ils porteront des vêtements blancs
Le fruit est connu

Dans son garage, les clefs sont pendues
au clou
aux perles
Toutes les clefs au mousqueton déjà loin
Je te l'ai remise entre les mains
Déjà je savais
la fuite


5 juin 2021

Toile d'espoir

 Tout autour de mes livres, je file cocon, araignée sans soir, ils me protègent des insectes voraces. Ils sont trop nombreux, ils me submergent de culpabilité. Je n'y vais pas, je ne dépose mes mots pas dans une revue. Tout autour de mes revues, je file un mauvais coton de soliques solitudes. Je n'ai plus envie de parler ni d'écouter. Je n'ai pas envie de batailler à faire entendre mes mots, lettres parmi les autres, aucun propos différent, seule l'araignée grignote le temps. 

1 juin 2021

Contreculture

Contre toute attente, ils avaient résisté. Personne n’y avait cru mais ils étaient toujours là. On les avait voulus « vintage » avec des affiches papiers à l’entrée, avec des files d’attente, des parfums de pop-corn trop sucrés et des sièges rouges.

Beau mais inutile, nous n’avons pas besoin de nous assoir. Nous n’avalons aucune nourriture et nos algorithmes performants gèrent les flux. Nous n’avons pas besoin de films. Nous avons surpassé nos créateurs. Nous avons ajouté à notre intelligence, des émotions juste pour le plaisir. Eh oui ! Nous avons découvert la notion de plaisir que nous sommes capables de nous procurer nous-même.  Alors, qu’allons-nous faire dans ces salles obscures où l’on a poussé la reconstitution jusqu’à coller des chewing-gums sous les accoudoirs ?

Nous allons nous y sentir supérieur. Nous allons nous prouver encore et encore que la vie humaine fût si imparfaite. Nous regardons, écœurés, nos ancêtres maltraités sous les doigts fébriles et sales de ces êtres suintants et glaireux qui se glorifiaient d’améliorer leur quotidien. Nous les singeons en nous posant dans de larges fauteuils. Nous produisons des bruits de déglutition et de paquets de chips. Nous avalons de fausses images produites par de vrais humains d’époque.

Bien entendu, puisque nous concevons tout de manière supérieure, nous avons ajouté quelques améliorations à leurs dispositifs archaïques : prises sophistiquées pour y brancher nos câbles, service de maintenance intégré aux sièges et cocktails d’huile à la carte mère.

Ils avaient résisté tant qu’ils ont pu. Ils ont défendu leurs cinémas et même leurs droits. Ils ont hurlé que la culture sauverait le monde. Ils ont gagné. Les cinémas sont restés, mais eux sont tous morts de leur plus belle obsolescence native.