Tout autour de mes livres, je file cocon, araignée sans soir, ils me protègent des insectes voraces. Ils sont trop nombreux, ils me submergent de culpabilité. Je n'y vais pas, je ne dépose mes mots pas dans une revue. Tout autour de mes revues, je file un mauvais coton de soliques solitudes. Je n'ai plus envie de parler ni d'écouter. Je n'ai pas envie de batailler à faire entendre mes mots, lettres parmi les autres, aucun propos différent, seule l'araignée grignote le temps.
5 juin 2021
1 juin 2021
Contreculture
Contre toute attente, ils avaient résisté. Personne n’y avait cru mais ils étaient toujours là. On les avait voulus « vintage » avec des affiches papiers à l’entrée, avec des files d’attente, des parfums de pop-corn trop sucrés et des sièges rouges.
Beau mais inutile, nous n’avons pas besoin de nous assoir. Nous n’avalons aucune nourriture et nos algorithmes performants gèrent les flux. Nous n’avons pas besoin de films. Nous avons surpassé nos créateurs. Nous avons ajouté à notre intelligence, des émotions juste pour le plaisir. Eh oui ! Nous avons découvert la notion de plaisir que nous sommes capables de nous procurer nous-même. Alors, qu’allons-nous faire dans ces salles obscures où l’on a poussé la reconstitution jusqu’à coller des chewing-gums sous les accoudoirs ?
Nous allons nous y sentir supérieur. Nous allons nous prouver encore et encore que la vie humaine fût si imparfaite. Nous regardons, écœurés, nos ancêtres maltraités sous les doigts fébriles et sales de ces êtres suintants et glaireux qui se glorifiaient d’améliorer leur quotidien. Nous les singeons en nous posant dans de larges fauteuils. Nous produisons des bruits de déglutition et de paquets de chips. Nous avalons de fausses images produites par de vrais humains d’époque.
Bien entendu, puisque nous concevons tout de manière supérieure, nous avons ajouté quelques améliorations à leurs dispositifs archaïques : prises sophistiquées pour y brancher nos câbles, service de maintenance intégré aux sièges et cocktails d’huile à la carte mère.
Ils avaient résisté tant qu’ils ont pu. Ils ont défendu leurs cinémas et même leurs droits. Ils ont hurlé que la culture sauverait le monde. Ils ont gagné. Les cinémas sont restés, mais eux sont tous morts de leur plus belle obsolescence native.
23 avril 2021
Prosaïque song
Voiture noire
Face à face
Sale la voiture
De chaque côté
Deux poubelles
Une bâche grise
Soleil chauffe
À côté, juste à côté
Des poubelles
Un barbecue
Plein de cendres
Pissenlits jaunes
À travers
Les dalles désordres
Une cour
Soleil chauffe
Mes seins libres
Dessous
Prosaïque song
Chant de poule
en ville au loin
Voitures vroum
Nid de poules
Vroum pioctoc
Pieds nus
Une mouche égarée
Toiles d'araignées
Sans ménage
De fond de cours
Bol vide
traces mayonnaise
doigts gras
papier celophane
Guêpes et pisenlits
Jaune
Ciel bleu
Trace des avions
14 avril 2021
Tisane
au fond
de ma tasse
C'est pas ma tisane
Cette incertitude
Avant j'étais un peu sûre
que les mûres arrivent à
l'automne
Là
j'en suis sûre
Ça ne me rassure pas
Je veux savoir
Si
Cet été j'aurais du thé
pur
sans masque
Si
Je veux pouvoir
Aller
Venir
Revenir
Partir
voyager
Je meurs
Emprisonnée
de culpabilité
la peur
de contaminée
d'être contaminée
enfermée
Je manque
d'air
de rêves concrets
d'air libre
J'implose
Je veux vivre
Voir
des visages entiers
des visages inconnus entiers
Je veux voir
des bouches
des grimaces
des sourires
des soupirs
des rires
Je veux imaginer
Être une artiste
De rue
Danser
À demi nue
Visage libre
J'ai peur
recroquevillée
sur mon mug
dans un fauteuil
Je ne flotte plus
sur mes rêves
Je me noie
dans un verre
d'eau plate
9 février 2021
Douce amie
ne rien y faire
n'y rien faire
peu importe
La destination
peu m'importe
Ma destinée
me transporte
Faire le voyage
me laisser
emporter
Balloter
Et c'est tout
rien du tout
Ce n'est rien du tout
tout au plus
Un autre monde
Au bout
Une autre mort
Au fond
Voyager
de plein gré
Bercer
Sans regret
Quand
elle arriva
elle me prendra
sans
Coup férir
Sans fuite
Sans doute
S'en vient
le vrai voyage
À l'arrivée
La laisser
me prendre
Je m'assoupirai
dans ses bras
sans lutte
rien à faire
Dernier
Voyage
Doux
Sourire