23 avril 2020

Titre de livres en lien avec le confinement



>Les titres imaginaires

Le monde d’après. Dystopie ou utopie, vous le saurez en écrivant les chapitres.
La routine tue aussi le samedi.
Les écureuils de central Park vivent leur meilleure vie.
L’hôpital doit faire appel à la charité.
La farine de la colère.
Les pâtisseries de la peur.
L’ennui, œuvres complètes.
La revanche des caissières du Lidl.
Amazon ou la pluie de parasites géants.
La peur au ventre.
Les nettoyeurs de la république absolue.  


>Les titres déjà existants 

Pas dans le cul aujourd’hui de Jana Cerna (Une lettre politique à la vie, à l’amour et à la philosophie) (et pour le sexe, je vous laisse à votre imagination)

La condition ouvrière de Simone Weil (à relire d’urgence) (Ces métiers dévalorisés et pourtant vitaux)

Chômage monstre de Antoine Mouton (pas besoin de vous faire un dessin)

A mains nues de Amandine Dhée (pour ne jamais laisser les laisser de côté la quête de la liberté féminine)

L’odeur de chlore de Irma Pelatan (pour puiser dans les ressources et les blessures de l’enfance)

Fugitives de Alice Munro (pour prendre la poudre d’escampette dès que possible)

L’école à la maison. Manuel d’éducation Punk (pour tout faire de travers)

Le corps d’après de Virginie Noar (pour laisser vivre nos corps hors des contraintes normatives. Et vive la libération du port du soutien-gorge lors de ce confinement !) 

Les désorientés de Amin Malouf (pour retrouver le sens de notre existence)

Le seigneur des porcheries de Tristan Elgof (pour se souvenir que la folie n’est pas là où la croit et pour la revanche des « riens »)

Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski (parce que notre existence est faite d’hyper quotidien et de conneries humaines)

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Travail pour l'atelier d'écriture

21 avril 2020

Voyage immobile


Levé 8h. Des oiseaux se mettent à chanter depuis ma table de nuit made in Slovéquie. Les oiseaux viennent un peu de Chine et de France et chantent presque comme ceux du jardin d’avant. J’enfile mes chaussons de Chine et mon sweat de Chine avant de descendre un escalier d’un bois de provenance inconnue. J’ouvre un tiroir suédois, attrape un mug chinois. Je verse de l’eau de la ville dans une bouilloire rouge et chinoise. J’appuie sur son bouton qui devient bleu. Et j’attends la tête dans le [destination bien connue mais que le surmoi censure] que l’eau, dépolluée des boues d’une ville en arrêt soudain, chauffe. Le bouton fait toc. Je retire la bouilloire de son soc, et fait couler l’eau chaude sur un thé de Chine. Je n’ai pas envie de voyager en Chine. J’en ai une image floue faite de néon et d’entrepôt triste. J’y vois de longues rues clignotantes de publicité, de boutiques aux éclairages blanc et scintillants et de boutiques sombre regorgeants d’objets. Oui, j’ai vu tout ça dans le quartier du Sentier ! Je sais comme est la Chine !

Bon allons, dans la salle à manger au décor suédois hétéroclite, fait de meubles récents, de déstockages et de bonnes affaires sur le bon coin. Une exception : ces deux chaises viennent d’une ressourcerie directement depuis les années 60, rouille comprise. Les jours de télétravail, je navigue jusqu’au bureau polonais, pour y ouvrir un ordinateur chinois. Oui, parce que pour nous autres, les européens français, tout parait fabriquer en Chine mais, au fond, on n’en sait rien, on ne nous dit rien. Pourtant tout le monde sait que l’électronique et le textile sont fait en Chine, le télé-conseil au Maroc, les meubles dans un pays glacial plaqué de lambris de pin clair et la main d’œuvre du bâtiment vient des pays de l’Est. 

Bien télétravaillons depuis ma salle à manger lilloise avec un soleil de Marseille. Ah ? Vous ne saviez pas que le soleil était fabriqué dans la ville phocéenne et importé en haut de France par montgolfière ? On ne nous dit pas tout ! C’est comme ce virus, là, il vient de Chine, là, par conteneurs directement importés de laboratoire secret où l’on fait frire des pangolins sous la lune, dans de grands chaudrons numériques. 

Alors que, ma bonne dame, les livres, vous savez d’où ils viennent les livres ? De vrais pays. Je peux vous le dire, j’en ai dans ma bibliothèque. Même nos ministres, là, ils disent que les libraires ce sont des héros privés de sacrifice pour faire venir la culture à tous (mais pas trop à la banlieue du 93, là-bas, les gens sont des irresponsables qui veulent survivre en allant au marché et faire travailler au noir, alors qu’ils trafiquent les aides sociales dans des logements qu’ils payent même pas. Pensez donc ! Pour ces gens-là, ils ont pas les même besoins que nous, ils n’ont pas de bibliothèques à caser dans le salon, ils sont très adaptables, ils sont capables de vivre à sept dans un appart fait pour trois personnes). Dans ma bibliothèque, il y a des livres de vrais pays cultivés : l’Amérique, le Japon, la France, et la Belgique (enfin ceux qui causent la France pas les autres, là, qui éructent un truc haché). 

Quoi ? Que vois-je ? Qui a mis ce livre dans ma bibliothèque ? « La place de la parole noire » ?

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Atelier d'écriture : voyage immobile dans son logement 

8 avril 2020

J'ai porté un masque



J’ai porté les masques des autres mais on ne change pas.
J’ai porté des masques en multitude pour savoir la vie, tout entière.
J’ai porté les rôles sur les planches, souvent homme et parfois femme.
J’ai joué mal les mots des autres.
J’ai volé les masques car derrière je voulais l’authentique.

J’ai porté un masque sur les chantiers. L’amiante, ça tue, tu sais.
J’ai porté un masque de papier pour aller boucher une centrale nucléaire.
J’ai porté un masque à plumes et joué avec l’obscure.
J’ai mon masque. Venise. Richesse. Rituel.
J’ai porté un masque pour sauver la ville et arrêter les méchants.

J’ai porté un masque, Fantômette des étés de bibliothèque rose.  
J’ai porté un masque de grossesse. Enfants mangeurs de temps.
J’ai porté un masque noir dans un van noir avec des vitres teintées noires.
J’ai porté un masque dans la vallée des rois, des millénaires durant.
J’ai porté un masque de chaman.

J’ai porté un masque noir, souple en dentelle. Je l’ai oublié sur une table basse.
J’ai porté le masque de la mère, avec les enfants ribambelles.
J’ai porté le masque de la none, les nuits de chagrin.
J’ai porté le foulard carré, plié en triangle pour cacher mes cheveux. Et comme la bergère, pour jouer.
Je n’ai jamais porté de masque de chat.

J’ai porté le masque de singe. C’était pour du rire. Et je n’aime pas les moqueries.
J’ai porté le masque blanc, impassible miroir, émotions invisibles.
J’ai porté le masque posé au clou.
J’ai porté le masque à gaz avec une petite robe noire et des talons.
Mais je suis un homme et c’est interdit d’avoir des talons avec des poils aux jambes.

J’ai porté le masque à gaz dans les tranchées et je suis revenu gueule cassée.
J’ai porté un masque vert, presque transparent, un laissez-passer pour virus.
Je voudrais un masque pour ne pas être contaminée par les clients, chaque jour, derrière la caisse.
J’ai porté un masque en manif, pour me protéger des pavés volants.
J’ai porté un masque en manif, pour que fuck la police.

J’ai porté un masque pour protéger mon identité.
J’ai porté un masque quand je ne voulais pas être moi.
J’ai porté le seum, longtemps, d'être né au mauvais endroit au mauvais moment.
Je n’aime pas les masques, même pour le carnaval. Il fait chaud dedans.
J’aime l’air libre, et le vent dans les narines.

J’ai porté le masque des opérations qui nous fait dormir avant la fin de la phrase.
Je porte le masque avant d’entrer en salle d’op.
Je porte le masque pour aller au chevet des patients.
Un masque de survie, un masque de plongée, une bouteille à la mer face au virus indomptable.
Je porte le masque pour sauver la vie.

J’ai porté un masque tous les jours pour aller travailler.
J’ai porté un masque de conventions bien propres sur elle.
J’ai détesté les masques de clown, peur du rire triste.
J’ai porté le masque de sorcière. Une vraie.
Bas les masques, puissants menteurs !

J’ai porté un masque orange avec des liens violets.
Je porte mon masque et l’on voit toujours mes piercings.
J’ai cousu des masques en tissus pour mes voisins. Et un pour ma femme qui va au marché.
J’ai porté un masque parce que c’était obligatoire, aujourd’hui mais pas avant, pas pour aller voter.
J’ai porté un masque pour vivre.

J’ai porté un masque pour plonger dans la piscine.
Il y avait de l’oxygène dans la bouteille et un pull marine.
Je porte un masque à carnaval, je suis autre, homme ou femme peu importe.
J’ai porté un masque, acteur de théâtre antique.
J’ai porté un masque, et il porté ma voix vers la foule.

J’ai porté un masque pour aller chercher des billets au distributeur.
J’ai porté un masque FFPP3 parce que l’ex de ma collègue lui en a donné un.
Ma voisine chinoise m’a déposé un masque sur le pas de ma porte. J’ai 83 ans.
Je n’ai pas porté de masque. Plus d’usine pour en faire. Un marché libre concurrence.
Je n’ai pas porté de masque, et ma famille n’aura que mon urne pour pleurer.

*** 
atelier écriture. Consigne : j'ai porté un masque (au sens figuré) quand (situations professionnelles, amicales, loisirs, etc)

3 avril 2020

Ennui

L'ennui est là si fort si terrible si silence
Le chat respire son sommeil
Un oiseau chante
Une voiture passe

Casser les vitres
Casser l'étroitesse
De la maison.
À la casa

Prendre un train
Non
Mettre le pied dans la rue
Danger

S'évader de l'intime
Parcourir un trottoir
Juste normal
Sans distance

S'évader
Sans la mort à ses trousses
Ou loin comme à l'ordinaire
Elle est loin

Absente
De chez nous
Apprivoiser la mort
Nous ne savons plus faire