26 février 2016

Aujourd'hui

C'est une étoile posée contre le miroir
Dans la cuisine, le four dort encore
Dans le creux de la chambre, la couette soupire
C'est un mur bleu tout neuf

Le quotidien glisse sur le faux parquet
Heurte les chambranles des portes
Hurle derrière un verrou
Éclate de rire à même le tapis
Babille autour du jeux vidéo

C'est une baie vitrée posée contre le jardin
Les outils dorment d'hiver engourdi
Dans la cabane, chante l'araignée
C'est un volet blanc grinçant

Les jours défilent sur les parois patinées
Présentent des papiers à demi-figue
Mordent les oranges sanguines
Organisent le frigo sans liste
Chantent la stéréo des possibles

15 février 2016

De passage

Dans ta maison il y a un piano, mais l'âge n'est pas à l'amour
Debout dans la cuisine, je regarde les canapés se dresser
Je pourrais t'aimer en si mineur
Ou te sauter en ré majeur

Ton parquet est blond, mes pas sonores jusqu'à la chaussure de vair
Ta cuisine est grande et longue et certifiée longue durée
Ton entrée est noire avec un petit meuble blanc
Ton salon ouvert aux vents de passage

Il nous faudrait un valet de cartes
Une armoire de douze et une clef de cèdre
Un danseur de claquette à la sauvette 
Une serviette pour mes lèvres 
Et une chanson pour tes sourires

Il nous faudrait une croche de cœur
Un lapin planté dans le panier 
Des jacinthes dans le casier 
Et les vaches bien gardées

Dans ta maison, l'amour s'en va par le jardin
Debout contre la baie vitrée, je regarde le noir attaché
Je pourrais t'aimer au premier do
Ou me sauver en couleurs 

30 janvier 2016

Ecoute

La petite fille trop maigre croit que les hommes n'aiment que les corps
Le petit garçon trop court croit que les hommes ne se comparent qu'à vif
De l'homme le seul étalon
De mesure


A chaque oreille son histoire
debout
assis
sur l'autre chaise
A chaque histoire l'oreille

La femme dans le corps d'un homme
L'homme dans le corps d'une femme
Et le tremblement de l’aphrodite

Le parent
L'enfant dans chaque creux
L'enfant caché


20 décembre 2015

Exil

Chaque note est la dernière

Soudain le poumon s'emplit de notes noires et expira les blanches
Répétition de dos
Courber les flans
Sans relâche le mouvement du papillon
Ils ne savent pas les absurdes gestes

Toutes les nuits, sans un mot, expire
Tous les oreillers du monde
Toutes les terres sans abri
Tous les souffles du siècle
Ils ne savent pas la mer chavirée

L'oreiller de carton, l'abri de vent, la mer chavirée, ils avancent leurs espoirs


Chaque note est la dernière
La hautaine et la mineure



Place

La route est pavée
Le cadenas sur la grille
Les amours sur le muret
Et toi, tu as les clefs, dis-tu

La façade est carrée
La rue est pavée
La grille est fermée
Et toi, tu reviendras, souffles-tu

A mon cou, je me sauve
Le cœur est fermé
Le cadenas sans clef
La rue résonne
Et toi, tes pas sincères, espères-tu

Chaque pas est le denier
Le muret est tiède
Chaque souffle est entier
La rue s'enlace 
Et nous, nous ferons des âmes, dis-je