Je suis à la fois immuable et mouvante
Je suis de pierres grises et de pierres blanches
Je suis enraciné dans une forêt mouvante
Je suis des fenêtres bleues dans lesquelles se reflète le feuillage
Je n’ai jamais froid
Je n’ai jamais chaud
Je m’en vais où la vie est douce
J’ai les tuiles qui volent
J’ai la cheminée pas ramonée
J’ai la porte déjantée
Je vais où va le vent
Je sens le feu de bois
Je sens la pluie sèche
Je sens la lavande enrubannée
Je sens le vent tourner
Je suis à deux fenêtres
Je suis à deux genres
Je suis violette et orange
Je suis de pierres blanches et de pierres grises
J’abrite la peur
J’abrite la joie
J’abrite la douleur
J’abrite l’émoi
J’abrite les habitant.e.s de passage
J’abrite les hôtes stables
Je suis un toit immuable
Je suis des murs à oreilles
Je suis un murmure
Je suis une porte ouverte
Je suis un abri
Je suis un départ
Je suis là tout prêt de toi
Je suis ta maison en paix
Texte écrit lors d'un atelier d’écriture que j'ai animé sur le thème nos corps imaginaires
6 janvier 2024
Corps imaginaire
17 septembre 2023
Aride l'ardue
On la disait à rides, la ventrue
On ne la dit plus
On voulait qu’elle ne dansât pas la polka
On voulait qu’elle restât la fertile servile
On la voulait à la place de bégonia
On a dit elle a vitré
On a dit méno pause
On dit c’est des vieilles
On dit c’est moche
On ne dit pas libre
On ne les dit plus
On dit d’elles cougars
On dit vieilles biques
des vioquelles
des petites mamies
25 juillet 2023
Utopiae
Utopiae habite une maison posée sur la mer, les murs d’utopiae changent de couleur tout au long du ciel, utopiae berce les vielles douleurs, utopiae parfume les lys, utopiae appelle depuis le large, viens à utopiae, elle sera tienne, viens écouter le ressac, viens donner la main, viens déposer ta bouée licorne, ton endroit est tout étroit alors viens boire des matins salés, viens déposer les corps libres à utopiae aux vitres sur mer, utopiae sans digue, utopiae à la brise fraiche, viens voir les dauphins, viens danser avec les étoiles de mer, viens ton endroit est trop étroit, viens si tu veux une quelque part où toustes les placards sont ouvertes, viens habiter le maison posé sur le mer, viens les parfums marins changent de couleur tout au long du jour, viens te glisser contre nous lors des tempêtes, utopiae contemple les éclairs orageux, utopiae danse nu.e.s sous la lune, utopiae allume des feux de joie dans les cœurs, utopiae est ton quelque part, viens
7 novembre 2022
Bernard limite
Biographie
Prénoms : Bernard ou Bernarde ou Claude selon le sens du ressac
Habitat naturel : canapé, lit
Habitat obligé : bureau, cuisine, voiture
Je suis Bernard limite et je n’aime pas prendre des risques.
Pourtant chaque fois que je quitte mon lit, je prends des risques. Il faut respirer hors de ma flaque sans faire exploser mes branchies avec l’air vicié des obligations. Il faut prend soin de se lever de la patte gauche. C’est important pour bien commencer la journée. Puis chaque fois que je pose une patte dans un de mes cinq chaussons, je prends le risque d’enfiler le mauvais. Patte gauche, chausson jaune. Patte gauche +, chausson indigo. Patte gauche ++, chausson sable chaud. Patte gauche +++, chausson orange fluo. Patte gauche ++++, chausson gris pluie. Patte gauche +++++, chausson coquille d’huitre #1515.
A cette étape de ma biographie, vous pouvez déjà comprendre de la complexité des risques que je prends tous les matins : je ne dois pas me tromper sur le nombre de + de mes pattes. Je pourrais leur donner un prénom, mais comment être sûr qu’il plaira aux pattes ? Je n’ai aucune patte droite pour des raisons aussi bien politiques que pratique puisque je confonds la droite et la gauche. A moins que ce soit la gauche qui vire à droite. Bref, chaque fois qu’on me demande le sens de la vie, je dois prendre le risque d’indiquer la mauvaise gauche plurielle.
Tous les matins, après avoir enfin quitté ma couette, je dois enfiler à toute vitesse une coquille au risque de me dessécher. J’en ai plusieurs dans le tiroir. Certaines sont à ma taille et d’autres sont trop petites. Je ne dois pas me tromper au risque de m’étouffer. Si je mets une de mes vies d’avant, je risque de me noyer dans les tâches ménagères ou de suivre les pas d’un homme ou de me taire pour ne pas entendre hurler ma mère.
Alors, non, je ne dois pas me tromper de coquilles. Aujourd’hui, je choisis de sortir la noire à bande blanche et d’y assortir mes tatouages. Demain, quand je devrais conduire l’habitacle de ma voiture, il me faudra la coquille à bord rond bordée d’écoute et d’empathie. Après-demain, quand je devrais conduire habitacle de la cuisine, j’endosserai une coquille d’inox sur laquelle les tâches rebondissent. Le surlendemain, quand je devrais piloter un bureau de 33 tonnes, je me glisserais dans une coquille-cravate bleue.
Aujourd’hui, je voudrais prendre le risque de dépasser l’introduction de mes textes mais je saute à la conclusion.
Je suis Bernarde sans limites et je n’aime pas prendre des risques. Je veux rester dans mon lit sur le canapé. Alors, aujourd’hui, je sors de ma coquille pour tenter de parler à de magnifiques inconnu.e.s. puis je refuse leur 06 et leur snap. J’ai eu peur de risquer le risque de devoir envoyer un message. Quelle patte utiliser ?
6 août 2022
Spleen
15 juin 2022
Quand je m’ennuie
Quand je m’ennuie, je mange
Quand je mange, je m’en veux
Quand je m’en veux, je n’en veux plus
Quand je n’en veux plus, je n’en peux plus
Quand je n’en peux plus, je ne fais rien
Rien pour me reposer
Quand je ne fais rien, je m’ennuie
Quand je m’ennuie, je mange
Quand je mange, je m’en veux
Quand je m’en veux, je grossis tout
Quand je grossis tout, je broie du noir
Quand je broie du noir, je mange
Quand je mange, je m’en veux
Quand je mange, je grossis
Quand je grossis, je m’en veux
Quand je m’en veux, je n’en peux plus
Quand je n’en peux plus, je m’en veux
De ne pas me reposer
De grossir à rien faire du tout
Quand je ne fais rien, je mange
Quand je mange, je grossis
Quand je grossis, je suis trop serrée
Quand je suis trop serrée, je n’en peux plus
Quand je n’en peux plus, je n’en veux plus
Quand j’en veux plus, je veux tout
Quand je veux tout, je rêve
Quand je rêve, je m’ennuie
Quand je m’ennuie, je mange
Quand je veux tout, je me décourage
Quand je me décourage, je mange
Quand je mange tout le temps
Je manque de temps
Quand je manque de temps, je veux tout
Quand je mange du temps, j’en manque
Quand j’en manque, j’en fais
Quand j’en fais trop, je n’en peux plus
Quand je n’en peux plus, je n’en veux plus
Quand je n’eux veux plus, je jette
Quand je jette, je le regrette
Quand je le regrette, je le rejette
Quand je me rejette, je m’en veux
Quand je m’en veux, je mange
Quand je mange, je m’en veux
Quand je m’en veux, je mange
Quand je mange, je grossis
Quand je grossis, je m’en veux
Ah ça je m’ennuie presque plus quand je mange du temps en écrivant
Quand j’écris, je m’enfuis
Quand je m’enfuis, je rêve
Quand je rêve, je suis bien
Quand je suis bien, je m’ennuie
Quand je m’ennuie, je mange
Quand je mange, j’aime bien
Quand j’aime bien, je suis bien
Quand je suis bien, je ne sais pas quoi faire
Quand je ne sais pas quoi faire, je m’ennuie
vous avez compris, ça donne le tournis
Quand on s'ennuie, on se dit stop
Quand on entend destop , on pense
Ennuis de tuyauterie
Quand on a des ennuis, on se dit
Pourquoi mon siphon déconne
Quand l'siphon déconne, on pue
Quand on pue, on mets du deo
Quand on met du deo, on se bousille
les aisselles avec ou sans poils
Quand on se bousille, on déconne
Quand on déconne, on siphonne Simone
On lui refait la tuyauterie
On lui siphonne le savoir
Quand on a Simone, on a beau voir
on a beau l'savoir, on est sur le cul
de tant d'inégalités
Quand c'est inégal ce n'est pas normal
Quand ce n'est pas normal, on est sur l'cul
Quand on est sur cul, on est assis
Quand on est assis, on est pas debout
Quand on est pas debout, on est sur le canap
Quand on est sur le canap, on decap au destop
Quand on dit stop, on ne joue pas
Quand elle joue du piano debout
Elle lit du Simone assise sur un tuyau
Quand elle lit, elle ne rammone pas
Quand elle ne ramonne pas, elle ne jouit pas
Quand elle ne jouit pas, elle mets un doigt
Quand elle met un doigt, elle ne travaille pas
Quand elle ne travaille pas, elle jouit
30 avril 2022
réver
Je suis une rêveuse
Je rêve
Rêvasse
Un jour je serai une poète
Je serai reconnu dans mon métier
(qui n'est pas celui de poètesse)
(mais les métiers disparaissent entre les mains de tisserands arrogants)
(les livres de papiers s'effacent)
Un jour j'aurai abandonné mes écrans
Je ne dépendrai plus ni des autres ni des bleuets
Je n'aurai plus peur d'être seule
Ni qu'il s'en aille
Ni lui ni iels
Un jour j'écrirai une sorte de roman
Un jour il y aura un amour pour moi
Avec une chambre à part
Des rires
Et des mots clairs
Un jour je serai une bonne mère
Sans cris
Tout sera parfait
Avec des produits sains fait maison
Je mangerai bien
Et eux aussi
Je rêve sous ma couette, les fenêtres lointaines des immeubles font face
Je rêvasse d'un monde meilleur sans lacrymogène ni haine
Je rêve car les femmes ne sont bonnes qu'à rêver
(les hommes sont
poètes révolutionnaires même les biens)
Je rêvasse en surface
Je rêve de silence
Je suis rêverie
27 mars 2022
Décompte éphémère
Questions éphémères
Qu’est-ce qui dure ? Qu’est-ce qui est dur à vivre ? Quand c’est trop dur, quand la vie est trop dure, pourquoi veut-on que tout s’arrête ? Quand c’est doux, quand la vie est douce, pourquoi veut-on que tout s’arrête ? Est-ce que l’amour dure toujours ? Qu’est-ce que l’amour ? Est-ce qu’il faut faire des enfants et un chien ? Combien de temps dure l’amour ? Est-ce qu’il faut arrêter l’amour ? Est-ce que les enfants font leurs dents toute la vie ? Est-ce qu’ils crient pour toute la vie ? Est-ce que les chiens sont durs à élever ? Est-ce que les enfants et les chiens c’est pareil ? Qu’est- ce qui le plus dur à vivre ? Avoir un chien ? Avoir un enfant ? Tout laissé tomber et prendre un chat ? Pourquoi tenter de répondre à cette question ? Pourquoi recommence-t-on à chaque fois à se poser des questions ?
Est-ce que la question qui perdure ne serait pas : vais-je trouver ma place ? Est-ce qu’on trouve une place ? Est-ce que le parking n’est pas déjà complet ? Est-ce que [ ]être complet, c’est être parfait ? Où vais-je garer ma voiture ? Pourquoi c’est si dur de trouver une place ? Pourquoi sont-elles payantes pour une durée limitée ? Pourquoi faut-il tourner dans toutes les rues avant de trouver une issue ? Pourquoi c’est si dur de garder l’issue à vie ? Pourquoi est-on licencié de cette issue à durée indéterminée ? Pourquoi toutes ces questions ? Est-ce que ce job va durer ? Est-ce que mon nouvel employeur sera un con ?
Est-ce que les questions elles-mêmes trouvent les réponses trop dures ? Qu’est-ce qui ne va pas durer ? Un mariage sur trois. Onze années chez le même employeur, puis basta. Est-ce que ces chiffres sont vrais ? Est-ce que les chiffres sont un dictat ? Que disent les stats ? Pourquoi statuer sur les choses ? Pourquoi bâtissons-nous des statues durables à des hommes éphémères ? Pourquoi n’y a-t-il que des statues d’hommes sur les places ? Pourquoi les statues des femmes sont nues au fond d’une impasse ? Pourquoi la vierge est vierge ? Pourquoi, il y a-t-il des statues de la vierge aux carrefours ? Pourquoi a-t-elle un statut ? Pourquoi la virginité est érigée toute dure en statue immuable ? Est-ce que c’est dur de faire durer la virginité ? Est-ce que c’est dur de changer nos mentalités ? Est-ce les traditions doivent perdurer ? Pourquoi ?
Qu’est-ce qui dure ? Est-ce que durer ce n’est pas mourir ? Est-ce que mourir, c’est durer trop ? Est-ce que ça assez durer ? Est-ce que les enfants font les dents toute la vie ? Est-ce qu’ils s’en vont un jour ? Est-ce qu’on meure quand ils s’en vont ? Est-ce que l’amour existe ? Pourquoi c’est si dur d’aimer ? Est-ce que mon job va durer pour toujours ? Pourquoi c’est si dur de vivre ? Pourquoi veut-on que tout s’arrête quand c’est trop dur ? Pourquoi veut-on que tout s’arrête quand c’est si doux ? Est-ce que je vais trouver une place de parking ?